« Je m’appelle Stewart Alexander, je suis socialiste
et candidat à la présidence des
Etats-Unis. » Quelques
applaudissement, des sifflets et un
homme au tee-shirt rouge décrochant un droit à la Tigger Woods : bienvenue
au rassemblement des partis de mouvance socialiste de Californie.
La chaleur est étouffante, et l’air climatisé cassé. Malgré
la moiteur de la pièce où se pressent une soixantaine de personnes dans un
joyeux brouhaha, Stewart Alexander garde sa veste noire. La couleur de la veste
s’accorde à son pantalon, son polo, ses chaussettes et ses chaussures
soigneusement cirées. Seul un fin liseré rouge sur son col vient troubler cette sombre harmonie.
Cet Afro-américain de 55 ans a la
voix grave et le regard sérieux de ceux qui veulent convaincre.
« Nous sommes les 99%. Nous sommes les travailleurs.
Nous devrions gouverner ce pays ! » lance Stewart, encouragé
dans sa tirade par les hochements de têtes convaincus de l’assemblée. « Nous »,
c’est le Parti Socialiste des Etats-Unis, créé en 1973 après l’implosion du
Parti Socialiste Américain. 1500 adhérents répartis dans les cinquante-et-un
états, mais aucun sénateur ou député. Stewart Alexander en est le candidat
présidentiel pour novembre 2012.
Ici, dans cette petite annexe d’une Eglise rénovée, l’homme
se défend plutôt bien : il veut retirer les troupes d’Afghanistan, réduire
de 50% les dépenses militaires, rendre l’éducation gratuite et autoriser le
mariage homosexuel.
Mais Stewart s’essouffle, et commence à butter sur ses mots.
A ce moment précis, la réalité frappe aux yeux : Stewart n’est pas un
politicien. Comme un job à mi-temps, ce commercial en automobiles a endossé le
rôle de candidat à la présidence, mais sans formation et sans moyens
financiers, il ne ferait pas le poids face à Mitt Romney ou à Barack Obama. Là-dessus, Stewart est lucide.
« Est-ce
que je vais gagner ? Bien sûr que non! Mais cette campagne nous
donne une voix, une position grâce à laquelle on peut communiquer sur nos idées
et montrer ce que le socialisme a à offrir. »
Même cela, c’est un peu optimiste selon Steven Hill, auteur
de « Europe’s promise ». Le politologue ne mâche pas ses mots.
« Si je devais choisir un seul mot pour décrire le parti socialiste, ce
serait : inexistant ! Le PS n’a aucun impact aux Etats-Unis. Ils
se nomment eux-mêmes « parti », mais ils ne peuvent même pas être
élus. » Sans concessions, il poursuit. « J’admire leur motivation
mais en tant qu’analyste, j’étudie leur rôle dans la société, et même pendant
la crise, ils n’en ont pas eu. »
Mais Stewart est confiant. Pour appuyer sa vision optimiste,
il cite un sondage réalisé par le Pew Research Center en décembre 2011. Selon
cette étude, 31% des Américains voient le socialisme d’un œil positif. Une
première, quand on se souvient de la chasse anti-communistes perpétrée pendant
la guerre froide et qui a laissé des traces dans la mentalité de nombreux
Américains. Preuve en est, le mot
« socialiste » est utilisé comme une insulte dans le vocabulaire
politique. « C’est comme traiter quelqu’un de nazi, explique Steven Hill.
Quand Barack Obama est accusé par le camp adverse d’être un socialiste, il est
en faite accusé de vouloir s’immiscer dans la vie des gens et de vouloir tout
diriger. » Le politologue relativise les résultats du sondage. «Beaucoup
d’Américains aiment le socialisme comme ils aiment les parfums de glace :
quelque chose qui n’a pas d’importance. Ils ne savent ce que « socialisme »
veut dire. Ce sondage montre surtout qu’ils dénigrent l’ultra-capitalisme, mais
ils ne voteront pas socialiste pour autant. »
L’élection d’un socialiste à la tête de la France réjouit
Stewart Hill, mais cela s’arrête là.
L’un comme l’autre, le candidat et le politologue refusent
l’amalgame entre les deux partis.
« Nous sommes d’accord avec le système français de santé
et d’éducation, mais ces socialistes là pensent
que le capitalisme est bon alors qu’ici, nous nous battons
contre. »
Un point de vue partagé, une fois n’est pas coutume, par
Steven Hill. « Le parti socialiste français, parce qu’il gouverne, se doit d’être
consensuel. Leur position sur l’échiquier politique français est bien plus
centrée que celle de leurs homologues américains. »
Stewart ne désespère de voir son parti arriver, un jour, aux
marches de la Maison Blanche. « On pourrait gagner, rêve Stewart Alexander
à voix haute. Et d’ajouter dans un grand rire : « Quel bazar nous
attendrait ! »
Article rédigé et publié sur http://franceusamedia.com/