Sunday, July 15, 2012

Un socialiste à la Maison Blanche ?


«  Je m’appelle Stewart Alexander, je suis socialiste et candidat à la  présidence des Etats-Unis. »  Quelques applaudissement, des sifflets et  un homme au tee-shirt rouge décrochant un droit à la Tigger Woods : bienvenue au rassemblement des partis de mouvance socialiste de Californie.
La chaleur est étouffante, et l’air climatisé cassé. Malgré la moiteur de la pièce où se pressent une soixantaine de personnes dans un joyeux brouhaha, Stewart Alexander garde sa veste noire. La couleur de la veste s’accorde à son pantalon, son polo, ses chaussettes et ses chaussures soigneusement cirées. Seul un fin liseré rouge sur  son col vient troubler cette sombre harmonie. Cet Afro-américain de 55 ans a la voix grave et le regard sérieux de ceux qui veulent convaincre.
« Nous sommes les 99%. Nous sommes les travailleurs. Nous devrions gouverner ce pays ! » lance Stewart, encouragé dans sa tirade par les hochements de têtes convaincus de l’assemblée. « Nous », c’est le Parti Socialiste des Etats-Unis, créé en 1973 après l’implosion du Parti Socialiste Américain. 1500 adhérents répartis dans les cinquante-et-un états, mais aucun sénateur ou député. Stewart Alexander en est le candidat présidentiel pour novembre 2012.
Ici, dans cette petite annexe d’une Eglise rénovée, l’homme se défend plutôt bien : il veut retirer les troupes d’Afghanistan, réduire de 50% les dépenses militaires, rendre l’éducation gratuite et autoriser le mariage homosexuel.
Mais Stewart s’essouffle, et commence à butter sur ses mots. A ce moment précis, la réalité frappe aux yeux : Stewart n’est pas un politicien. Comme un job à mi-temps, ce commercial en automobiles a endossé le rôle de candidat à la présidence, mais sans formation et sans moyens financiers, il ne ferait pas le poids face à Mitt Romney ou à Barack Obama. Là-dessus, Stewart est lucide.
« Est-ce que je vais gagner ? Bien sûr que non! Mais cette campagne nous donne une voix, une position grâce à laquelle on peut communiquer sur nos idées et montrer ce que le socialisme a à offrir. »
Même cela, c’est un peu optimiste selon Steven Hill, auteur de « Europe’s promise ». Le politologue ne mâche pas ses mots. « Si je devais choisir un seul mot pour décrire le parti socialiste, ce serait : inexistant ! Le PS n’a aucun impact aux Etats-Unis. Ils se nomment eux-mêmes « parti », mais ils ne peuvent même pas être élus. » Sans concessions, il poursuit. « J’admire leur motivation mais en tant qu’analyste, j’étudie leur rôle dans la société, et même pendant la crise, ils n’en ont pas eu. »

Mais Stewart est confiant. Pour appuyer sa vision optimiste, il cite un sondage réalisé par le Pew Research Center en décembre 2011. Selon cette étude, 31% des Américains voient le socialisme d’un œil positif. Une première, quand on se souvient de la chasse anti-communistes perpétrée pendant la guerre froide et qui a laissé des traces dans la mentalité de nombreux Américains.  Preuve en est, le mot « socialiste » est utilisé comme une insulte dans le vocabulaire politique. « C’est comme traiter quelqu’un de nazi, explique Steven Hill. Quand Barack Obama est accusé par le camp adverse d’être un socialiste, il est en faite accusé de vouloir s’immiscer dans la vie des gens et de vouloir tout diriger. » Le politologue relativise les résultats du sondage. «Beaucoup d’Américains aiment le socialisme comme ils aiment les parfums de glace : quelque chose qui n’a pas d’importance. Ils ne savent ce que « socialisme » veut dire. Ce sondage montre surtout qu’ils dénigrent l’ultra-capitalisme, mais ils ne voteront pas socialiste pour autant. »

L’élection d’un socialiste à la tête de la France réjouit Stewart Hill, mais cela s’arrête là.
L’un comme l’autre, le candidat et le politologue refusent l’amalgame entre les deux partis.
« Nous sommes d’accord avec le système français de santé et d’éducation, mais ces socialistes là pensent  que le capitalisme est bon alors qu’ici, nous nous battons contre. »
Un point de vue partagé, une fois n’est pas coutume, par Steven Hill. « Le parti socialiste français,  parce qu’il gouverne, se doit d’être consensuel. Leur position sur l’échiquier politique français est bien plus centrée que celle de leurs homologues américains. »

Stewart ne désespère de voir son parti arriver, un jour, aux marches de la Maison Blanche. « On pourrait gagner, rêve Stewart Alexander à voix haute. Et d’ajouter dans un grand rire : « Quel bazar nous attendrait ! »

Article rédigé et publié sur http://franceusamedia.com/

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